Camille se réveille est un ouvrage né de la rencontre entre les mots de Marie Meuleman et les photographies de Matthieu Litt.
Le livre propose un dialogue étroit entre écriture et image. Les paysages arctiques issus de la série Terra Nullius de Matthieu Litt s’y trouvent comme diffractés, altérés par des jeux de superposition et de variation d’échelle. En regard, le texte suit la routine d’un personnage nommé Camille, au fil d’une journée qui se répète sans jamais être tout à fait identique.



Une journée en variations
La structure narrative imaginée par Marie Meuleman repose sur un motif avec variations. Par substitutions, répétitions et anaphores, l’autrice imprime au récit un mouvement cyclique. La journée décrite se rejoue, se décale, se transforme imperceptiblement. Ce procédé confère à l’ensemble une dimension poétique et introspective, où la mélancolie affleure, tout comme une tension plus vive, presque une colère sourde.
Camille n’est pas genré grammaticalement. Ce choix ouvre l’espace d’identification et élargit le champ des imaginaires, notamment auprès d’un lectorat (pré-)adolescent, auquel l’ouvrage s’adresse en partie. Le texte évoque les rythmes scolaires et les contraintes quotidiennes susceptibles d’entrer en friction avec les besoins et ressentis intimes.
Marie Meuleman explique avoir écrit ce texte à un moment où « les jours [lui] semblaient se confondre » et où le quotidien imposait « un certain ordre, une discipline » au corps. Les gestes répétés se superposent « comme des calques », jusqu’à produire un effet de densité, voire d’étouffement, qu’une énergie vitale vient finalement fissurer.
Un objet éditorial singulier
L’ouvrage se distingue également par sa conception matérielle. Relié en spirale, enrichi d’impressions sur calque et doté d’un long rabat qui se referme sur lui-même, il met en abyme les thèmes de superposition et de stratification présents dans le texte et l’image. L’objet-livre devient ainsi le prolongement formel du propos.
Lauréat du Prix de la Création 2022 de la Ville de Liège, Matthieu Litt s’éloigne ici de ses productions habituelles publiées aux éditions du Caïd pour explorer un format hybride. Les effets de palimpseste, de surexposition et de sédimentation photographique interrogent le rapport au monde et soulignent la fragilité de l’environnement, dans une continuité thématique avec son travail antérieur, tout en en renouvelant l’approche.
Cinquième titre de photolittérature du catalogue des éditions Cot Cot Cot, Camille se réveille s’inscrit dans une démarche qui fait dialoguer création visuelle et écriture contemporaine, au croisement des disciplines.





