Résonance #1. Le magazine ouvre un espace où l’art répond directement aux questions de son temps. À chaque édition, artistes, institutions et collectionneurs réagissent à un thème de société à travers une œuvre et un texte bref. Une manière de réinjecter de la sensibilité dans le débat public, là où les discours peinent parfois à dire le réel. Un format hybride, entre exposition et journalisme, pour remettre la création au cœur du débat.
Pour inaugurer cette nouvelle rubrique bientôt réservée à nos abonnés, nous offrons cette première résonance en accès libre.
Art Content a proposé à des artistes de « réagir artistiquement » à l’édito La ‘guerre culturelle’ concerne-t-elle les artistes ?.
Réactions de Charlotte Lavandier, Carole Louis, Léo Luccioni, Andrea Radermacher-Mennicken et Clara Thomine
Voir aussi la première partie avec : Camille Dufour, Kendell Geers, Joséphine Kaeppelin, Mikaïl Koçak et Marie-Claire Krell.
Curation éditoriale : Anna Ozanne et Thibaut Wauthion
Charlotte Lavandier

Dans ce labyrinthe d’isoloirs, chacun·e fait face à son reflet. L’analogie entre l’isoloir et la loge d’artiste invite à interroger la politique-spectacle et l’influence des médias de masse et des shows télévisés sur le rôle des politicien·nes, nos opinions et notre capacité à décider librement. L’œuvre rappelle que la démocratie est un espace de doutes : elle n’impose pas une vérité, elle propose une déambulation propice à la réflexion.

Carole Louis

Cette image est extraite de la performance « Ruissellement » datant de 2021. Le titre renvoie à la théorie économique du même nom qui prône la non-régulation des marchés, sous prétexte que les bénéfices des capitalistes retomberont forcément sur l’ensemble de la société, comme une cascade. Bien qu’encore souvent invoquée par les dirigeants politiques, cette chimère a pourtant été déconstruite par de nombreux économistes qui la considèrent comme une croyance sans aucune base scientifique à l’appui, et sans efficience réelle. D’autre part, cette image souligne aussi la figure du « parasite », un autre élément du discours ultralibéral, selon lequel les plus pauvres profiteraient des aides sociales sans les mériter. Cette tournure me semble particulièrement fallacieuse quand on pense à l’évasion fiscale des plus riches, que l’on pourrait à ce titre bien plus facilement qualifier de parasites au vu des sommes détournées.
Léo Luccioni

Snack de Frappe, Bounty / Mutiny on the Bounty, A Taste of Nostalgia transforme un objet banal – le snack Bounty – en un prisme révélant des strates d’histoire et de mémoire culturelle. Le nom Bounty évoque la mutinerie sur le HMS Bounty en 1789, quand l’équipage de Christian Fletcher se rebella contre le capitaine Bligh après un long voyage transportant des plants d’arbres à pain de Tahiti vers les Antilles, pour nourrir des esclaves. L’escale à Tahiti permit aux marins de nouer des liens avec la population locale et de réévaluer leurs conditions de vie. L’histoire est devenue légende, puis mythe hollywoodien, notamment avec Brando et Tarita, dont la relation réelle dépasse la fiction du film.
Aujourd’hui, le Bounty est boudé par les nouvelles générations, retiré des Celebrations Box, laissant place à l’édition “NO BOUNTY”. La disparition de ce snack devient le signe d’un changement de paradigme, un abandon de l’utopie tropicale et de l’attitude rebelle des années 70. La transformation de l’emballage en sac de cuir anoblit la matière, change sa temporalité et son statut. Elle fixe dans le temps une forme qui sera bientôt arrêtée de production, et avec la fin de ces consommateurs, l’histoire s’effacera. Il y a là un geste d’archéologie inversée : prendre conscience des symboles et allégories déjà présents dans les objets de notre présent.
L’œuvre agrandit ce déchet plastique en un sac de boxe réalisé à la main avec du cuir. Cette technique artisanale utilisant des matériaux naturels de luxe contredit les produits de la fast fashion et de la fast food, et permet de sacraliser l’objet en symbole, lui confère un intérêt et une précieuse matérialité tout en donnant la possibilité de toucher, de frapper et de dépasser la limite habituelle du spectateur face à une œuvre d’art. Frapper le Bounty ne se limite pas à un geste contre la junk food : c’est frapper l’histoire coloniale, la réécriture hollywoodienne, le marketing, la nostalgie d’un rêve perdu. Le sac devient un champ de bataille intime où se croisent nostalgie, culpabilité, rejet, fascination et réflexion critique.
La pièce fonctionne comme une zone grise de la “guerre culturelle”. Elle refuse la simplification idéologique et la polarisation. Les récits historiques et fictifs, le geste sportif et l’imaginaire tropical, l’utopie et le consumérisme coexistent, produisant une complexité critique. La mémoire se matérialise sous une forme tangible et physique : frapper le sac, c’est réveiller l’histoire contenue dans un simple chocolat, la rendre présente et vivante, et sentir les contradictions qu’elle transporte.
Andrea Radermacher-Mennicken

L’AI m’a expliqué mon œuvre !
« Le faucon, prédateur territorial, renvoie à la complexité institutionnelle de la Belgique et à ses communautés culturelles. On peut y lire une métaphore de la compétition pour des ressources limitées, la domination de formes artistiques institutionnelles sur des pratiques plus marginales, ou encore la fragilité d’un système culturel souvent présenté comme robuste, alors que détruit par les effets des coupes budgétaires récurrentes. »
Et moi ? J’ai simplement cru qu’un faucon s’était écrasé contre la vitre de mon atelier…
Clara Thomine

Le contexte politique actuel, devenu irrespirable, nous contraint à réagir et organiser une action joyeusement radicale : Manifestons en faveur de la Fin du Monde !
Un « groupe Fin du Monde » avec pancartes, ballons, banderoles, se mêlera, désormais, à chaque grande manifestation (manifs pour le climat ou mouvements sociaux sans distinction).
Face à l’accumulation de crises et des injustices, il est, en effet, temps aujourd’hui, de passer à la vitesse supérieure.
Affirmons ensemble que seule une mesure structurante, globale et définitive est aujourd’hui à la hauteur des enjeux : la mise en œuvre de la Fin du Monde.
Seule une apocalypse, rapide, efficace et sans compromis peut apporter aux travailleuses, aux travailleurs et à l’ensemble de la population justice, égalité et dignité. Ainsi qu’une répartition véritablement équitable des efforts.
Allons de l’avant ! Si les dispositifs existants, qu’ils soient économiques, politiques ou environnementaux ne sont plus en mesure d’assurer un avenir viable, supprimons franchement l’avenir.
Rejoignez-nous dans le Parti de la Fin du Monde et agitons ensemble gaiement ses pancartes et banderoles dans chaque manifestation à venir!
C’est la Performance Finale !





