Ce jeudi 12 février 2026, Liège inaugure la 18ᵉ édition d’Art au Centre. Dans les vitrines vides du centre-ville, une vingtaine d’artistes investissent des cellules commerciales désertées pour y installer œuvres, installations et performances. Depuis 2019, le projet a transformé la vacance commerciale en parcours d’art contemporain accessible gratuitement, à ciel ouvert.
Mais cette nouvelle édition pourrait être la dernière.
Un modèle unique en Belgique francophone et au-delà
En sept ans, 442 vitrines ont été activées et plus de 500 artistes liégeois, belges et internationaux ont exposé dans les rues de la Cité ardente. Art au Centre a construit un réseau transfrontalier dense avec l’Euregio, les Hauts-de-France et d’autres régions européennes, au point d’inspirer des déclinaisons à Brest et à Genève.
À Liège, le dispositif est devenu directement identifiable : des vitrines entretenues, éclairées, scénographiées ; un parcours qui attire promeneurs, touristes, collectionneurs, curateurs ; une visibilité réelle pour la jeune création.
Chaque édition accueille plus de vingt d’artistes, avec budgets de production et honoraires à la clé, une réalité encore trop rare dans le secteur émergent.
Une équation budgétaire intenable
Le coût réel d’une édition avoisine 35 000 €. Le projet initial reposait sur trois éditions par an. Or la décision récente de la Fédération Wallonie-Bruxelles reconduit le subside structurel à 30 000 € par an pour cinq ans, jusqu’en 2031. Autrement dit : le financement annuel ne couvre même pas le coût d’une seule édition. La Commission consultative des arts plastiques a pourtant recommandé un montant de 130 000 €. L’écart est considérable.
Maxime Moinet, directeur du projet, alerte :
« La décision de la Fédération Wallonie-Bruxelles met totalement en péril le projet. Prolonger le subside de 30 000 €, alors que la Commission consultative des arts plastiques conseillait 130 000 €, ne permet aucune marge de manœuvre. La Fédération Wallonie-Bruxelles travaille à l’aveugle. Ils remettent les mêmes montants à tout le monde sans se soucier de la réalité du terrain. »
Maintenir le même montant qu’auparavant, dans un contexte d’augmentation des coûts de production et d’ambition accrue, revient de fait à enterrer le projet.
Une présence urbaine fragilisée
Art au Centre n’est pas seulement un programme d’expositions. Il agit sur l’image du centre-ville, sur l’entretien des vitrines vides, sur la circulation piétonne et sur la visibilité des artistes. Sa disparition signifierait le retour de cellules obscures là où, depuis 2019, l’art créait de la lumière. À la veille de cette 18ᵉ édition, l’enthousiasme du vernissage contraste avec cette décision. Sans refinancement significatif, la pérennité du projet apparaît impossible…





